Jeudi 16 avril 2009

Bienvenue sur mon blog, la version online de ma vie. Je m’appelle L., ce n’est pas mon prénom évidemment, après tout à quoi vous servirait de connaître ma véritable identité ? Nous sommes sur Internet, ici je suis à la fois personne et tout le monde, vous me croisez peut être chaque matin dans le bus ou vous êtes d’un autre continent, nos regards ne se rencontreront jamais, peu importe, rien n’importe ici puisque tout peut être faux, donc peu importe mon nom et le vôtre, vous êtes dans ma vie l’espace d’un instant.

 

L. arrêta ses doigts qui pianotaient sur le clavier, pourquoi s’était-elle mise à écrire ? Une multitude d’interrogations lui vinrent à l’esprit, depuis peu elle ne dormait plus, elle cherchait, des réponses, des questions, elle ne savait plus vraiment. Elle parcourait la toile en nocturne, dans le silence de sa ville, de sa vie, elle revisitait virtuellement son monde. Elle veut tout, savoir, faire, refaire, ce n’est jamais assez, besoin de se sentir vivre, de façon IRL ou pas. Internet, ma dimension parallèle, abritant fiction et réalité, imagination et raison, noir et blanc, bien et mal, vie et mort, réunis en un seul lieu. Depuis quand posait-elle ses questions à Mister Google ? Dernière demande en date « mode d’emploi d’une vie », le moteur de recherches avait trouvé des réponses, pas les bonnes.  Ca ne peut marcher à tous les coups, elle ne broncha pas, Internet la satisfaisait plus que ses semblables.

 

L., presque 20 ans, accro à l’imaginaire, ne vous moquez pas, c’est la stricte vérité. Je vomis le monde réel, j’en suis phobique, mon ressenti est celui de l’agent Smith, « je hais cette planète, ce zoo, cette prison, cette réalité, peu importe comment vous la nommez, je ne peux plus la supporter. Elle sent la merde ». Depuis quand suis-je accro ? Je ne saurai le dire, peut être depuis toujours, ou pas, il aura fallut s’en rendre compte et l’accepter. J’en suis toujours à la première étape.


De nos jours, pas de place pour le rêve et pas vraiment de quoi rêver d’ailleurs. Le quotidien de milliers de personne est un cauchemar, pour l’autre millier il est insignifiant voir absurde… Bienvenue dans le monde réel, quelle merde, montrez moi le contrat qui stipule que j’ai signé pour une vie aussi ennuyeuse. Je me plains, ici j’ai le droit, je ne suis personne donc personne ne peut juger. Je rends mes plaintes virtuelles, j’espérais que cela m’aide à les faire sortir de mes pensées, bien réelles, elles. Si je vous racontais ma vie ? Vous me diriez probablement qu’elle est géniale, que plein de personnes aimeraient avoir autant de chance que moi, qu’il y a pire et que je suis une gamine égoïste. Et alors ? J’emmerde ces gens, moi ma vie, elle m’ennuie. Elle se passe, elle doit se passer, rythmée par un temps imposé, que la société se borne à appliquer, se lever le matin pour accomplir ce que l’on attend de nous, école, études, travail. Parqués jusqu’à notre majorité avec des gens du même âge, afin de respecter une norme sociale, je n’avais rien à voir avec eux, des étrangers, pas issus du même monde, ils ne cherchaient pas à voir au-delà de ce qu’on leur montrait, ils ne voulaient pas d’ailleurs. Triste réalité, la différence c’est enrichissant, surtout pour les autres. Non, pas de la prétention, ni un complexe de supériorité lié à mon enfance, je parle des gens qui ont accompagné la période précédent mon éveil au monde, celle qui a coûté ma vie… Sociale.


Mais Internet est source toutes formes de vie, même sociale, même réelle, IRL. D’après l’opinion générale, on appelle les gens comme moi, des geeks, terme regroupant les personnes ayant une forte prédilection pour les machines électroniques dotées d’écran et y passant du temps au quotidien à des degrés variables. Moi, c’est mes nuits, mes nuits grises, passées à combler virtuellement ma réelle solitude. Qui ne se sent pas seul ? Nous sommes donc beaucoup à trainer sur le net pour distraire nos moments d’ennui, on erre sur le web, dans les ruelles d’une giga ville, nos pas nous guidant vers ce que l’on connait, ce que l’on aime, ce qui nous intrigue. A chacun ses sites de références, ses habitudes, ses incontournables, ses petites cachoteries, montre moi ton historique je te dirai qui tu es. Une cyber vie ? Non, un cyber rêve, liens vers ce qui nous fait envie, Alt+F4 pour le reste, non-applicable à échelle humaine. Dommage.


L. stoppa à nouveau le mouvement régulier de ses doigts, laissant planer ses pensées, essayait-elle, elle aussi, de combler un vide ? Mais lequel, quel mal de vivre persistait ? Elle chassa cette idée, repris le fil des ses écrits, la barre de texte clignotait nerveusement à l’écran.

 

J’étais donc en quête de personnes intéressantes, et non pas intéressées ce qui aurait été certainement plus facile à trouver. Ma requête auprès du moteur de recherche fut « amis », et quand on est beaucoup à vouloir la même chose, Internet veut, Internet peut ! Et multiplie même les solutions, j’avais à ma disposition masse de liens vers des cybers lieux de rassemblement où se trouver de potentiels cybers rencontres, diverses options s’offraient à moi. La caverne d’Ali Baba version friends! Il y avait dix mille façons de se lier d'amitié, c'était faisable sans investissement, sans faire don d’une part de soi, la douce utopie. Parmi ces choix prédéterminés, il y avait les forums, véritables catalogues de vente proposant différents centres d’intérêt, en gros : partage d’idées, de passions, de rêves. Les blogs, bavardages de vies itinérants, à la conquête d’amis, de commentaires, de célébrité, instants de vie volés témoins de toutes les facettes de l’être humain, sociable, narcissique, patriote, romantique, vulgaire, désespéré, dragueur, sensible, con, vieux, moche, idiot, beau, inintéressant, souvent. La même diversité qu’en vraie, la sécurité du virtuel en plus, après tout sur Internet on est qui l’on veut être, on montre ce que l’on a envie de montré, on raconte ce qui nous arrange, plus simple. Pas vrai ? On est un con.  Je peux également citer les tchats, âmes sensibles s’abstenir, le monde est crue L., vous n’êtes qu’un morceau de chair sanguinolent sur l’étalage d’une boucherie. De même pour les sites de rencontre, car ils osent appeler cela une rencontre, les fous. Internet, le plus grand trafiquant sexuel au monde. Protégées par la distance virtuelle, les âmes des individus s’avilissent, la raison ne les éclaire plus, ils veulent de l’action. Coupez ! Une farce, un loup dans une bergerie montrant patte blanche, laissez moi rire… Ou pleurer. J’ai cru que je ne trouverais pas ce que j’étais venue chercher, des amis. A ce propos n’avez-vous jamais remarqué que souvent en faisant une faute de frappe sur le mot « amis » on écrit le mot « mais », avec les amis il y a toujours un mais, n’est-ce pas ?


J’ai choisis la solution la moins pire, le forum, rassembler des gens autour d’un intérêt commun, un concept courant dans le monde réel, facilement applicable sur Internet. Il fallait à présent que je trouve une passion que je veuille partager, quelque chose me permettant de sublimer ma réalité, je rêve…


Un sourire apparu au coin de ses lèvres, tandis que ses yeux s’embuaient, elle avait peur, à nouveau se dévoiler, parler de soi, elle n’aimait pas parler d’elle, elle préférait parler d’L., comment on tisse des liens ? Elle ne savait plus, tout cela semblait si lointain à présent : les éclats de rires communs, les écoutes attentives, les épaules où l’on pleure, les silences entendus, des souvenirs d’antan. Elle avait tout perdu et rien. Les vrais liens ne se brisent pas de façon si anodine, si insignifiante, tout était à faire, à vivre finalement. Sa respiration s’était calmée, la tête balancée en arrière, affalée sur une chaise de bureau, les paupières closes, elle se relevait de tout, elle le savait mais ça ne l’empêcher pas de tomber, de se faire mal… Se relever, alors, encore, encore une fois, deux fois, trois fois… Mille fois.

 

TRY AGAIN !


Une écriture aux couleurs criardes apparut dans son esprit, clignotante, un gyrophare dans l’obscurité, elle sourit, pensée de geek à la con. Les jeux vidéos, ses amis de toujours, ses compagnons de galère, présent dans les bons et les mauvais moments. Idéaux pour les soirées entre amis, délirer, créer un peu de compétition, faire des paris, partir, et sauveurs lorsque l’on est seul, compagnons de solitude, de déprime, de nuits blanches, de plans foireux, ils te vident l’esprit, te font voyager, te servent d’exutoire, ou te permettent juste de rêver, quitter la réalité l’espace de quelques heures, quelques jours, une vie, libérer son esprit des tensions, et parfois même oublier, s’oublier. Mettre sa vie sur pause. Elle y jouait plus depuis quelques temps, du gaming compulsif, boulimique de MMORPG, envie de se perdre, la vie était plus simple online, elle sauvait le monde d’une guerre dévastatrice alors qu’en vraie sa vie était d’une banalité affligeante, reconnaissez, il y a là de quoi être tenté. Encore un peu, un tout petit peu, ne la réveillez pas, elle rêve et c’est merveilleux.


Elle émergea quatre vingt dix minutes plus tard, elle n’en pouvait plus, trop de fatigue accumulée. L’écran de son ordinateur éclairait son visage d’une lumière blafarde, c’était la seule source lumineuse dans la pièce, elle jeta un coup d’œil distrait sur la fenêtre ouverte. La page web d’un annuaire de forums avec un large choix de catégories, elle lu la liste proposée espérant un coup de cœur pour l’un des thèmes. Elle hésita : cinéma, s’arrêta : poésie et littérature, non, encore trop fragile pour partager une chose si intime, ses poèmes, sa prose, une époque révolue. Enfin, ses yeux se posèrent sur la section répertoriant les forums consacrés aux jeux vidéo, ce fut l’évidence.

 

Finalement tournée vers ceux dédiés aux jeux vidéo, un thème qui me passionne assez pour m’y investir et me permettant d’être en terrain neutre lorsque je vais rencontrer d’autres membres. Il ne fallait pas trop que ça touche à ma vie, sinon la protection de la virtualité disparaissait, mais que cela en fasse quand même partie afin d’avoir un avis sur le sujet. Un forum, c’est une colonie de vacances virtuelle avec différents ateliers, différents services, différents règlements, différentes ambiantes. Let’s go to the show.


Surfer de topic en topic, lire les avis de la communauté sur différents jeux que je connais, les coups de cœurs des membres, repérer les pseudos avec qui j’ai des affinités d’opinion, jeter un coup d’œil au trombinoscope. Et toujours cette impression de s’incruster au milieu d’une gigantesque conversation entre des inconnus, cependant les gens paraissait très proches, une grande bande de potes, en voyant certains smileys on croirait entendre les rires de certains, on s’imaginait parfaitement les mines boudeuses d’autres. Ambiance bon enfant, tout en possédant un savoir irréprochable dans le domaine qui nous rassemblait, le jeu.


Un des forums avait retenu mon attention, particulièrement actif il comprenait des sections libres où les membres parlaient d’autres sujets, cinéma, photo, dessin, manga… Agréablement surprise de voir qu’ici ces sujets n’étaient pas rade, serais-je tombé en un lieu où les gens pensent par eux-mêmes, réfléchissent, ont un avis sur le monde qui les entoure ? Méfiante, trop de déceptions au préalable, trop de scepticisme vis-à-vis du genre humain et à la fois une indéniable attirance me poussait à revenir chaque jour. Un fantôme sur le forum, parcourant les topics en touriste, j’observais ce monde miniature qui s’offrait à moi, cachée derrière l’écran je me délectais de cette passion commune. Avais-je vraiment besoin de déclarer ma présence ? En ressentais- je l’envie ? Non, j’étais « le petit centre chaud autour duquel se pressait toute la vie de ce monde ».


Pourquoi me suis-je inscrite alors ? Avant de m’en rendre compte mes clics m’avaient mené à la page d’inscription. Nom, prénom, âge, ville, le mensonge pouvait commencer ou prendre fin ici, la solution de facilité, osciller entre être quelqu’un et n’être personne, quand j’y pense c’était peut être la question existentielle de ma vie. Méthodiquement je me mis à décliner ce qui faisait officiellement ma personne, nom, prénom, âge, ville, toujours les mêmes demandes n’apprenant rien aux autres, questions inutiles, réponses inutiles. Le choix du pseudonyme me posa plus de difficulté, qui voulais-je être, quel image donner de soi, qui serais-je pour eux ? Plusieurs idées, surnoms, périodes de ma vie, facettes de ma personnalité. J’étais à un tournant de ma cyber vie, peut être de ma vie, je n’en avais certainement pas conscience et pourtant, je pris un pseudonyme inédit, envie de changement, envie, c’était déjà beaucoup.


L. eut un moment d’hésitation, le regard sur la case « pseudo vu par les autres utilisateurs », Alice. Un nom doux qui s’accordait à son physique de femme-enfant, blonde aux yeux bleus, descendant aussi un puits sans fond. C’est l’histoire d’une petite fille qui tombe et qui au fur et à mesure de sa chute se répète sans cesse pour se rassurer : « Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici, tout va bien, jusqu’ici tout va bien… » La chute c’est important, si on en meurt pas. Elle dirigea le pointeur de sa souris vers l’icône « validation », cliqua, comme on lance des dés, comme on tire une carte, comme on appuie sur la gâchette à la roulette russe, le sort en était jeté.

 

Voilà. Officiellement membre du forum http://inwondergameland.com, je pouvais donc poster en toute liberté, presque, j’allais pouvoir ouvrir ma gueule, c’est ce que je fais de mieux, paraît-il. J’avais parlé trop tôt, un mail de l’administration de ma nouvelle communauté. J’étais la bienvenue, soudainement tout le monde était ravie que j’existe, et on voulait tout savoir sur moi, j’étais donc priée de me présenter avant de poster, bien sûr, pour le bon fonctionnement du forum et le bien-être de chacun. Le politiquement correct pousse à l’individualisme par solidarité, j’allais y passer, nous y passions tous. Pour moi, une sorte de bizutage, maladroitement tenter de parlé aux autres de soi, on jugerait mon expression, mon estime de moi, voir mes goûts ou mon orthographe. Aussi agréable que d’être nue sous un néon un lendemain de cuite. Vous voyez un peu le calvaire… Me présenter, mais qu’avais-je à leur dire moi à ces inconnus. « Salut ! J’existe. »


Un petit ricanement résonna dans la pièce, elle se moquait, mais ne pouvait nier que l’inspiration manquait dès qu’il s’agissait de parler d’elle. Non pas qu’elle n’est rien à dire, elle n’avait pas envie de se partager, au premier abord. En plus, elle n’aimait pas les listes, elle n’aimait pas grand-chose d’ailleurs, ou elle se plaisait à le croire. Il y a toujours une différence entre ce que l’on est et ce que l’on croit être, entre la façon dont on est perçu et façon dont on se perçoit, entre ce que l’on est et ce qu’on aimerait être… C’était peut être ça, son problème, à L.

 

Le cadre destiné à ma présentation restait désespérément vide, je tapais un « salut », je l’effaçais aussitôt, banal, simple et nul, archinul. Par où débuter ? Je ne savais pas ce que j'avais envie de leur raconter, j’étais là c’était déjà beaucoup, ils ne savaient pas, eux. Il fallait que je me lance, comme se jeter dans le vide du haut d’un immeuble sans filet de sécurité, trois cent pour cent d’adrénaline pure. « Il était une fois, une petite fille, dans une grande ville ».


Ce serait le point de départ, L. allait se raconter, à la manière d’un conte de fée, ceux qu’on lit en chuchotant. Elle allait les endormir, ne pas mentir, ne pas s’expliquer non plus, pas là pour plaire, pas pour se complaire à la norme. Et pourtant, c’était différent, pour une fois c’était prenant, c’est sans doute ça aller de l’avant.

 

« Le savez-vous ? Les grandes villes sont désertes. Plus la ville est peuplée moins les gens se parlent, on pourrait appeler cela l’ironie du sort. Nous sommes ici dans le modèle miniature d’une ville, perdus quelque part dans l’immensité de la toile. Elle vient en ce lieu rencontrer ses semblables afin de partager un rêve, le jeu. Pour L. aussi c’est une part de sa vie, elle se prend pour une héroïne. Flingues, katanas, poings, sniper, bombe nucléaire, sa vie de gameuse est un immense champ de bataille où les guerres se succèdent et ne se ressemblent pas. Une héroïne sans histoire, c’est ce qu’elle est, car c’est triste une histoire sans héroïne. Elle c’est moi et moi c’est L. Chasseuse de rêves à temps plein, tant que je peux. C’est dans les RPG que je m’enrôle, je m’envole en terre lointaines, là où les quêtent me mènent, je règne. J’aime le jeu comme les gens s’aiment, de façon irraisonnée, irraisonnable, entièrement prête à partir dans l’univers que j’ai choisit, ne venais pas m’en sortir mais si l’envie vous prend passez m’y voir, de l’autre côté du miroir. »


Fin de la rédaction, quarante minutes, dix lignes. Elle se relut avec appréhension, ils n’allaient pas comprendre, la prendre pour une folle. Peut être l’était-elle un peu ? Sa présentation restait une énigme, L. lui ressemblait, écrite à la troisième personne, comme si elle parler de quelqu’un d’autre, paroles venues de temps anciens pourtant écrites via une machine hight-tech. La modernité, celle à laquelle elle était accro, son quotidien. Elle ne jurait que part la virtualité, devenue sa réalité, son monde, son espace. Vital ? Sans doute. Et là elle en avait plein, ils l’assaillaient, percés sa défense, car elle s’était livrée, en langage codé, certes, mais dans ce flou existait une véritable part d’elle. Peut être même plus que ce qu’elle voulait donner.

 

Je ferma la page, je ne voulais pas attendre leurs réponses, peur de leur jugement, ou de leur simple indifférence. Il fallait que je m’occupe, oublier que je m’étais mise à nue et que j’avais laissé trainer ma culotte, c’est ce que je ressentai à cet instant. MSN ? Bof, pas envie de tous ces bavardages inutiles, se ressemblant tous qui tuent plus facilement les relations que le temps. Gaming ? Manque de concentration, manque de motivation, flemme, grosse flemme. Surf aléatoire ? What else ? Je partis en des territoires virtuels inconnus, le monde réel avec ce je ne sais quoi en plus, je vivais des aventures hors du communs, presque un agent d’une organisation secrète. Oui, à cette période de ma vie, ma réalité était vraiment pourrie à ce point là, je menais une cyber vie intense pour combler le vide réel dans lequel je vivais. Je ne l’avais pas choisis, ni contrer d’ailleurs, non, il s’était installé petit à petit, d’abord dans le regard des autres puis dans le mien, le vide. Même pas intersidéral, trop S-F.


Elle retenue son index droit, le regard absent plongé dans les méandres de ses pensées, elle s’en voulait d’en être arriver là, coupée du monde par peur, par déception aussi, si misérable. Un bruit sourd, le cadavre explosé d’une souris sur le sol. Et merde. Elle regrettait déjà son geste, elle venait de jeté l’objet sous la main, il n’était pas des moins utiles pourtant. Mais c’était elle, se compliquer la vie dans les moments désagréables était sa spécialité. Rageusement elle éteignit son PC aux raccourcis clavier, et alla se mettre au lit. Elle n’avait pas someil mais chez L. cela n’indiquait rien sur son état de fatigue. A taton elle chercha une boite posée près de son lit, dessus était écris « Morphée », elle pris deux pilules parmi leurs congénères, reposa la boîte par terre et sa tête sur l’oreiller, pour sombrer au pays des merveilles. 02.02 AM, heure digitale rouge fluo sur fond noir, dernière image.

 

Cette nuit là, elle ne rêva pas, les somnifères ça fait dormir pas rêver. Ses yeux s’ouvrirent, 10.45 AM, la tête encore plomb ée par la détente chimique qui l’avait assomé pendant près de neuf heure . L’effet d’une batte de base-ball, divagua-t-elle et attrapa une boîte sur laquelle était marqué « Durs réveils & Co. », Efferalgan 1G, verre d’eau, bulles.

 

11.10 AM, L. fit le mètre séparant le lit du bureau, poussa le bouton « on », le processeur se mit à ronronner, son animal de compagnie s’éveillait. Elle posa sa main sur le tapis à souris, et jeta un regard perplexe à l’endroit où aurait du se situer cette dernière, rien. Des souvenirs vagues de la veille à l’esprit, elle constata la dépouille de sa souris qui jonchait encore la moquette, paix à son âme.


- Putain ! Un juron résonna dans l’air, un PC sans souris c’était un sportif amputé. Ses yeux bleux parcoururent la pièce sombre, elle se résigna à ouvrir les volets, la lumière du jour ne lui était pas indispensable, trop crue sur son pâle visage, trop vive pour ses yeux clairs, ceux qui posaient sur le monde un regard si froid, si dédaigneu. Son téléphone portable lui apparut posé sur un tas de fringues, dans son répertoire elle chercha son besoin. A chaque nouvel appel, une miniature de sa vie sociale, des connaissances à usage unique,des appels à but unique. Rien ne dois venir perturber son petit quotidien. Requête : personne travaillant dans un magasin d’informatique suceptible de venir lui porter une souris neuve à domicile.


Elle appuya sur la touche verte, sonnerie. Décroche. Quatrième sonnerie.

- Que me vaux l’honneur de ton appel ?

Silence. Je devrais lui demander comment il va, ça fait longtemps que je ne lui ai pas téléphoné.

- Ecoute, j’ai pêter ma souris hier soir…

- Pas de chance, comment as tu fais ça ?

Silence. Je ne pouvais lui dire la vérité, il n’avait pas à savoir.

- En jouant à Diablo 2… Tu me connais, quand je joue en Hardcore je viens hystérique, ma souris à rendue l’âme, mon perso également, je ne sais plus très bien dans quel ordre…

Mon excuse préférée, mais c’était du vécu, Diablo 2 m’avait coûté bien plus qu’une sourie à l’époque…

Rires. Le sien.

- L., tu devrais arrêter les jeux vidéos ça te rend violente. Enfin, j’imagine que je ne te raisonnerai pas.

- Tu imagines bien. Tu pourrais m’apporter une souris à ta pause ? Je te rembourserai directement .

- Tu ne veux pas descendre la chercher, on pourrait aller boire un verre ? Le magasin est à cent mètres de chez toi…

Silence. J’ai du me tromper de connaissance après tout…

- Tu ne veux pas me rendre service ? Tant pis, désolé de t’avoir dérangé.

- … … .. . . . L. ?! Attend, le prend pas comme ça ! C’est bon, je passe à midi.

- Merci. Je ferais du café.


Touche rouge. Attente interminable. Elle tapa son mot de passe par réflexe, «followthewhiterabbit». Son fond d’écran apparut, l’angle de vue d’une balle pointé à l’intérieur d’une gorge en noir et blanc. Tout droit sorti de l’imagination d’un inconnu, cette image n’était pas réelle, ce n’était pas une photo et pourtant, d’un réalisme bluffant. Son créateur souffrait, c’était une confession qu’elle l’utiliait pour exorciser ses propres démons. « Welcome to the real world », la voix de Morphéus s’éleva, c’était le son de démarrage de son PC. Un sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu’elle scrutait le ciel par la fenêtre, le bleu du ciel était tachetés de nuages blancs, elle bloqua ainsi sur le monde réel le rendant onirique jusqu’à ce que l’on frappe à la porte. Elle sortit de sa rêverie et alla ouvrir son antre. Au préalable elle jeta un coup d’œil au miroir, ses yeux étaient encore gonflés de someil, elle remis vaguement ses cheveux en place,et tourna la clé.


- J’ai ta souris poupée L. !

- J’ai ton café. Et m’appelle pas poupée…

Le jeune homme entra une souris dernier cri à la main, il lui tendit comme un bouquet de fleurs.

- Merci, tu peux la brancher au PC pendant que je sers le café ?


Elle partit vers la cuisine sans regarder le cadeau. Quelques minutes plus tard, ils bavardaient de choses insignifiantes autour d’une tasse,quand L. mit fin à la conversation sous prétexte hygiénique. Sa demande satisfaite, elle commençait à se lasser des politesses, son PC l’appellait et ce mec l’ennuyait.


- A une prochaine fois alors L. !

- Tu seras inviter aux funérailles de ta souris. A plus.


Probablement pas la réponse qu’il attendait, ce n’était pas non plus une serial-killeuse de souris, mais elle n’avait pas envie de faire plus. Ami à usage unique, je n’ai pas envie de te consommer, aurevoir et à jamais.


Elle referma la porte à clé, supprima le numéro de téléphone de celui qui venait de partir et alla rejoindre sa place, son cocon,sur sa chaise de bureau devant son PC, la souris dans sa main droite.

 

Je jure de ne dire que la vérité, rien que la vérité.


Elle venait de taper ces quelques mots sur son blog, une résolution, un changement était en train de s’opérer en elle. Inexplicable, inplacable envie de ne plus avoir peur des autres.

 

Dans mes favoris je cliqua sur le lien me menant au forum, en un instant je fus téléportée sur la page d’identification : pseudonyme, mot de passe. Pour la première fois depuis mon inscription j’allais déclarer ma présence, mon cœur s’emballait, j’allais monté sur scène devant une foule de spectateurs inconnus et essayait d’aller leur expliquer le comment du pourquoi de ma culotte, pour ceux qui l’avaient vu. Sur mon topic de présentation, tout à droite, était indiqué dix vues, une réponse, j’avais laissé sceptique… Je m’empressa néenmoins d’aller consulté la réponse en question, c’était un membre répondant au pseudonyme : Neko.failed.files, je l’avais déjà lu, à sa façon d’écrire je n’avais pu déterminé s’il s’agissait d’une fille ou d’un garçon. Son avatar était une cigarette se consummant aux doigts d’une main ensanglantée, à l’endroit où se situe normalement la marque il était inscrit en lettres rouges « My Life ». L’image me fascinait, elle était poétique, plus esthétique que trash, l’horreur dans toute sa splendeur… J’en oubliait un instant de lire, hyptonisée par le rouge du sang sur la photo. Avec une police d’écriture psychadélique faite de longues arabesques et une couleur de texte noire comme l’ébène, quelques mots inscrits au détour d’un passage.


« Welcome in our world Alice ! ! ! Merci de dévoiler une partie de ta vision du monde, ça me fera plaisir de faire ta connaissance (à moi et d'autres hein !) et de venir visiter ton univers ;-)… Je comprendrais ton désir d’anonymat Xd, néenmoins le trombinoscope t’es ouvert si tu veux nous montrer ton visage, Alice est toujours belle à ce que l’on en dit =^o^= ! A ce que je vois t’as le gaming dans le sang =D, +1, les topiques consoles et jeux préférés sont fait pour toi hehe, tu y trouvera au moins de qui ou de quoi te défouler ^^ A plus, parmi cette foule virtuelle. »


Un message simple, dénudé de jugement, son cœur avait loupé un battement à la lecture du « merci », elle était pardonné pour son manque de confiance, pour son auto-protection évidente, pour la première fois depuis longtemps on lui donnait silencieusement la permission d’être elle-même.

 

Je ne trouvais pas les mots adéquates et ma pudeur m’empêchait d’étaler ici ma gratitude. Je me dirigea donc vers les sujets conseillés par mon ange salvateur. Je cherchais ses réponses parmi la masse, je voulais en savoir plus sur cet être comment avait-il su écrire ce que mon cœur désirait lire ? J’aperçus enfin son post, grâce à son hypnotique avatar, console de jeux vidéos préférée : l’ordinateur sur écran plasma. Parfait, c’était le choix que j’espérais, j’allais sans doute pouvoir jouer avec cette personne, il fallait que je découvre qui elle était, je voulait la comprendre moi aussi car elle en savait trop. Cette question était importante dans un forum sur le jeu vidéo, je ne devais pas bacler ma réponse, je décida donc d’aller d’abord voir le type de jeu qui intéressait ce membre qui m’intriguait tant. Type de jeu : RPG, FPS, Fight. Jeu préféré : Les êtres humains. Réponse innatendue, de mieux en mieux, il n’en fallait pas moins pour éveiller a curiosité. Mon jouet préféré pour le moment.Cependant, le post suivant attira mon attention, un membre répondant au pseudonyme de Crazy.LOG avait écrit, Type de jeu : Tous sans exeption. Jeu préféré : L’amour.  Décidemment ce forum promettait des parties très mouvementées, bonne pioche ?


Je retourna sur sur mes pas, avec dans l’idée d’établir mes critères de selection  à travers ces deux topiques, il y avait ici des joueurs confirmés, c’étaient eux qu’il me fallait interpeller . J’étais exigeante dans le jeu comme à la vie, intéressée uniquement par l’élite, pas venue pour le commun des mortels, c eux qui montraient une nature humaine sans espoir d’où rien de bon ne pouvait jaillir. Arrivais-je trop tard sur le champs de bataille ? Les tabours de guerre résonnés silencieusement dans mon esprit, il allait falloir se battre, pour être soi-même…
Par Lampson - Publié dans : Alice au pays sans merveille.
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Commentaires

magnifique!!!!

ta vissions de la vie et bien triste petite Alice,ce que tu à écrit et vraiment passionnent et si en plus elle représente vraiment ce que tu ressent....
Commentaire n°1 posté par K' le 16/04/2009 à 16h33
Comme beaucoup d'écrivains, je me base en partie sur mon vécu, mais cela reste de la fiction, je tiens à le préciser car beaucoup de personne à qui je l'ai fait lire m'ont posé cette question. Ce n'est pas une autobiographie, les parties écrites à la première personne représente ce que L écrit dans son blog.
Merci pour vos encouragements je travaille sur la suite ^^
Réponse de Lampson le 16/04/2009 à 17h49
Bien que dire... C'est un passage magique vivement la suite.
Ce texte m'a beaucoup toucher et l'écriture est magnifique j'adore.
A quand le livre! :)
Commentaire n°2 posté par Jedahorus le 16/04/2009 à 17h10
Jadore !!
Jadore ta façon d'ecrire
Comme tu le dit se n'est qu'une fiction mais beaucoup de chose ecrite dans ton chapitre et bien vrai.
Bonne continuation ^^
Commentaire n°3 posté par ThOmas le 16/04/2009 à 17h58
J'ai beaucoup aimé quand tu me l'as lu et j'aime le relire :)
Continue comme ca ma p'tite L.
J'ai hâte de lire la suite :)
Commentaire n°4 posté par D. le 18/04/2009 à 21h48
Hop petit commentaire d'un pote je copie/colle:

yop, j'ai lu ton lien, c vraiment bien, j'ai été emballé, j'espere vivement une suite.
il y a tellement de choses justes dans ce qui est ecrit ...

Voila. Biz :)
Commentaire n°5 posté par jedahorus le 16/05/2009 à 03h33
Coucou je viens de te lire, j'ai trouvé ton texte interessant et touchant. En espérant une suite prochaine car tu as beaucoup de talent je trouve :)
Commentaire n°6 posté par dark06 le 16/05/2009 à 12h45
Bonjour,

J’ai aimé le style « à la mitraillette » et les références « underground » assez peu utilisées en littérature sauf dans la littérature « roman de gare pour geek ». Pourtant, par rapport à ces œuvres, on sent qu’il y a plus de profondeur, plus de style, plus de sentiments dans ton texte et on ne peut qu’attendre la suite.
Commentaire n°7 posté par oursonne le 17/05/2009 à 07h14
Comme les autres, je ne peux que t'encourager vivement à continuer. Un beau texte. Merci de l'avoir partagé.
Commentaire n°8 posté par Sedyna le 17/05/2009 à 09h05
Superbe.
J'avoue que j'ai commencé à lire par curiosité, et que sans y prendre garde je suis arrivé au bout l'air de rien.
C'est prenant, vivant, entrainant à lire. J'ai apprécié.
A quand la suite :)
Commentaire n°9 posté par Chrylane le 25/05/2009 à 12h15
Le plus beau reve, c'est de transformer ses reves en realite, et de surfer de reve en reve.
Rever sa vie en sans etre acteur, c'est un cauchemar.
Commentaire n°10 posté par noname le 06/06/2009 à 01h07
Oui, ça m'amuse de pas assumer mes commentaires...
Pourquoi ? Pour assumer + dans la réalité.

Très beau texte, j'aimerais bien voir la suite...
Le plus triste dans tout ça c'est d'avoir l'impression que rien ne pourrais combler ton ennuis.
Pour moi presque tout est vrai... Et tu sais que je peux le comprendre, car c'est sur la toile que l'on s'est rencontré.
Aucun regret de tout ça pour ma part...

La vie est juste un temps où il nous faut comblé les vides, et les amis c'est fait pour ça ^^.
Bye, t'es une amie inespérée... Alors essaye de nous garder.
Commentaire n°11 posté par empty le 25/06/2009 à 15h23

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